Short Message Service – Avant-propos

En 2015, j’ai quitté la Bretagne pour une expatriation de quelques mois en Allemagne, accompagnée par l’homme avec lequel je vivais une histoire sentimentale depuis presque cinq années.

Très vite, ce séjour à l’étranger s’est avéré difficile à vivre. Nous méconnaissions la langue allemande, nous éprouvions une véritable incompréhension face à une culture que nous trouvions hermétique, et notre appartement était bruyant, insalubre, étouffant. Les cris, les pleurs, les tentatives de dialogues, les réconciliations se sont succédés jusqu’au moment où nous avons été trop épuisés moralement pour se risquer à écouter l’autre une fois de plus. Nous n’y pouvions rien, nous ne nous entendions plus.

À notre retour en France, entre larmes et colère, l’amour avait été égratigné par l’orgueil. Nous avions perdu notre équilibre. Il fallait tout reconstruire. Nous nous sommes quittés. Pourtant, très vite, nous sommes revenus l’un vers l’autre. Nous ne savions plus comment nous y prendre, mais nous voulions essayer, renouer un dialogue, retrouver une harmonie. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à utiliser le téléphone, et plus particulièrement le SMS, comme moyen d’expression de mes émotions et de me sentiments. La contrainte du texte court et la quasi-instantanéité de la transmission d’un message qui serait dénué de toute intonation vocale permettait de communiquer plus sereinement.

Le téléphone que j’utilisais alors, et que j’utilise encore, est sorti en 2009. À la différence des smartphones plus récents, il ne dispose pas d’une mémoire importante, et je suis régulièrement contrainte d’effacer la totalité des SMS envoyés et reçus. C’est la raison pour laquelle le texte recueilli ici commence le 7 octobre 2015.

Le 6 novembre 2015, je me suis amusée à relire ces quelques missives les unes après les autres et j’y ai vu différentes facettes d’une histoire sentimentale. Le quotidien, les moments d’incompréhension, la tendresse, l’inquiétude, le manque, la joie, le rapport à l’humour, la question de l’argent, le profond attachement. C’est à ce moment-là que j’ai eu envie de mettre ces textes en image.

J’ai alors recopié l’intégralité des SMS en prenant soin d’accompagner chaque message d’une date et d’une heure. Ensuite, j’ai supprimé les messages redondants, coupé quelques phrases, effacé certains mots. Je souhaitais préserver une certaine authenticité, mais aussi protéger une part d’intimité. Il fallait faire basculer ces fragments de vie dans une forme de mise en scène du réel.

Les photographies que j’ai sélectionnées pour illustrer ce texte, ont toutes été prises avec l’appareil photo d’un téléphone portable. Néanmoins, elles sont d’une autre temporalité. Elles ont été réalisées entre septembre 2006 et novembre 2015. Elles initient un autre dialogue, mon propre dialogue intérieur.

J’ai fait le choix de ne pas retranscrire les réponses de l’homme pour laisser libre court à l’imagination du lecteur, mais aussi parce que j’aspirais à libérer ma propre parole. Au travers de ces textes courts, je dresse ici un rapide autoportrait révélant mon amour, mes envies, mes failles. J’ai vu ce travail comme l’opportunité d’être à l’écoute de moi-même, de réfléchir sur ce que je suis et de grandir. Peut-être pour mieux recevoir l’autre.

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