Jument domestique

Les corps abîmés
Et les douleurs tues
Mâchoire fermée
Des siècles, des siècles

Femme avançant
Dos courbé
Sourire en masque
Et le mal en dedans
Plus rien à dire
Jamais écoutée

Au foyer
Au travail
À la maison encore et encore
Du linge
Des poussières
Et des oignons coupés « petits, petits »

Aux réunions de famille
Des poches sous les yeux
Petite voix de souris
« Tout va bien ? »

Les autres parlent si fort

Chairs dilatées ou rongées par le silence
Sous l’édredon, souvent seule
Même accompagnée
Jamais de douceur sur la peau
A fait le deuil de toutes les caresses

Un seul bonheur peut-être
Le matin, sur le balcon
Quand les autres dorment
Un café chaud
Sous les rayons du soleil levant

La pensée étendue
Tout à soi, déployée
Très loin
Sans obstacles ni ornières

Libre
Les chevaux au-dehors
Libres

Libres de courir les champs