D’une saison à l’autre

Le désespoir, quand on a vingt ans
Et la peur
Celle de perdre le goût puissant que procure la brûlure de l’existence

Le sang oxygéné pulse aux tempes
Quand la saveur piquante et éthérée des premières fois
Glisse entre nos doigts crispés, emportant avec elle l’intensité si précieuse

Et voilà que le fer à repasser de la vie nous repasse
Et nous repasse encore
Jusqu’à plier en quatre l’influx nerveux comme un vulgaire mouchoir de poche amidonné

Le dehors, autrefois si attractif
Devient source d’interrogation et d’inquiétude
L’espace de déambulation rétrécit, l’ailleurs se trouble de fumées grisâtres et de signaux de détresse indéchiffrables

Le territoire exploré se limite alors aux quelques immeubles
Magasins et jardin public qui composent le quartier
Dans le même mouvement, parfois

C’est là que l’extraordinaire du quotidien se déploie
Révélant mille et un détails, dévoilant la magnificence dans le minuscule
Une assise qui offre soudain un confort insoupçonné dans l’immobilité et le voyage silencieux