Bien que le piano…

Bien que le piano à pouces et le tambour parlant palpitent en moi,

Je suis née aux alentours de la Toussaint

Quand la lumière se fait rare.

Ma peau n’a pas été frappée par le soleil,

J’ai poussé sur un sol rythmé par les collections

Automne-hiver,

Printemps-été.

Ici, je te cherche,

Dans les recoins de la capitale,

Je te cherche.

Barbès, La Chapelle,

J’achète un sac d’arachides

Aux vendeurs ambulants,

Je te goûte.

La graine sous la dent craque,

Je t’avale, je te digère.

Afrique,

Je sais que tu te glisses dans les plis de la ville

Là où l’on ne t’attend pas.

Alors, je reste alerte.

Et quand j’avance dans la métropole tentaculaire,

Je regarde autour de moi. J’écoute, je te respire.

Je connais bien l’odeur du poisson braisé

Et du piment qui chatouille les narines.

La main s’abaisse en cuillère,

Ramasse l’attiéké,

Le tasse avec les doigts,

L’amène à la bouche,

Il descend le long de l’œsophage,

Et il vous satisfait.

Dans le même temps, on s’exclame,

Parce que cette nourriture vous rend heureux,

Parce que cette nourriture vous rend bien.

Afrique,

Je sais que tu m’examines,

Je sais que tu m’observes du coin de l’œil.

Du sommet du crâne,

Tu dégringoles jusqu’aux orteils,

Tu remontes,

Tu pinces les lèvres.

Et,

Je sais bien que je ne suis pas la première.

Ils sont nombreux,

Musiciens, peintres, poètes,

Photographes, voyageurs, rêveurs,

À être tombés en amour pour toi.

Fous d’amour parfois,

Toqués même !

Tu n’es pas si simple,

Tu n’es pas si lisible,

Tu n’es pas comme dans nos livres d’histoire,

Et nos gentils albums jeunesse.

Tu es fière,

Magnétique,

Multiple, complexe, surnaturelle même !

Et je ne prétends pas te connaître,

Et je ne prétends pas te comprendre.

Tapie dans l’ombre,

Je t’observe, fascinée,

Et ma rétine brûlée par ton éclat

Peine à distinguer tes surfaces obscures.

Afrique,

Quand je suis loin de toi,

Je prends la ligne 2,

Et m’arrête quelque part entre

Belleville et Place de Clichy.

Tout près de la gare du Nord.

Pour être un…

Pour être un bon artiste
Peut-être qu’il faudrait
Ne jamais se définir
Et se laisser envahir par l’immensité du flou


Il faudrait
Accepter sa pluralité
Ses mosaïques intérieures
Et ne se crayonner
Qu’en esquisses grossières

C’est l’histoire…

C’est l’histoire d’un abracadabra composé

D’émotions extatiques,

Et de sentiments, d’une longueur modérée,

Dirigés, de façon intentionnelle,

À l’opposé du plaisir.

Un amour, très bref,

Animé par l’intensité,

Avant le déclin rotatif

D’un glissement latéral,

Celui du pied qui se tord dans la chaussure à talon, puis dérape.

Une figure, au nom de toutes les autres figures,

Définie comme : impossible à toucher.

Une ombre sous mon couvre-lit,

Parfois envahissante,

Qui semblait si déçue des temps de jadis et d’autrefois.

Dans la rivalité, c’est dialectique,

Une défaite sans contestation ou une victoire par KO.

À la fin du match, j’ai promptement été placée en dehors du ring,

Ici, sur le bas-côté, et ce, au bénéfice de sensations

Qui m’étaient, jusque-là, restées inconnues.

Le goût dans ma bouche ?

Amer.

Le goût ?

Métallique sur ma langue,

Entre mes dents.

Néanmoins, en dépit de la chute,

Dans mon royaume, j’existe.

J’existe, et je recommence.

Ancrée en moi-même,

Plus lucide que jamais.

Ma structure osseuse

A su rester solide et stable.

Seuls mes genoux sont écorchés.

Et ce, parce qu’il y a longtemps déjà,

J’ai perdu, tout.

J’ai perdu,

Tout.

Ce que je croyais ne pas pouvoir perdre.

Ce que je possédais

Sans même savoir que je le possédais.